Dans le noir… expérience

Pas très loin de Châtelet, nous voilà à marcher ma soeur et moi dans un quartier que je connais bien puisqu’on longe la Librairie Gourmande, Mora, Bovida… Je me sens comme un guide touristique culinaire.

De temps en temps, ma soeur jette un coup d’oeil au GPS de son portable, et je la suis juchée sur mes talons. J’ai fais un effort pour l’occasion comme elle me l’a demandée. Une robe noire, un leggins, des talons et ma veste en cuir. J’ai laché mes cheveux longs sur mes épaules, un peu de rouge à lèvre ( merci Tati pour ceux à 1 euro ) et c’est parti. C’était bizarre de voir des hommes me regarder. Un gars avec un appareil photo m’a interpellée mais j’ai continué mon chemin avec ma soeur. C’était ma journée, et je voulais juste passer ma soirée avec ma soeur.

 » on a pas tous les jours 30 ans « 

On finit par arriver dans une petite rue déserte et je vois écris  » Dans le Noir « . Je lui dis  » c’est pas vrai, t’es sérieuse ? « . Franchement, j’étais ravie. C’était une belle surprise à laquelle je m’attendais pas et un truc que je voulais faire depuis mes 18 ans. On en avait parlé avec Shane il y a fort longtemps… et puis notre amitié se délitant on ne l’avait jamais fait. Ma soeur était allée au restaurant et m’avait racontée l’expérience. Elle semblait ravie.

 » Là, ce sera différent c’est autre chose « .

Elle m’emmène un peu plus loin dans la boutique sensorielle. A l’heure convenue, une dame voyante nous accueille pendant qu’une canne blanche franchie le seuil. Cela m’intrigue, mais je n’ose rien dire.

Je traite le handicap tous les jours alors j’ai une fâcheuse tendance à être très  » insistante  » et indiscrète quand j’en croise. Je veux savoir le pourquoi du comment. Et cela peut énerver assez vite les gens qui pensent à du voyeurisme quand ce n’est que de la déformation professionnelle. Mais entre la curiosité et le boulot, il n’y a qu’un pas.

Pendant qu’on attend, j’explore les rayons. Je repère une vinaigrette au combava qui me fait de l’oeil, des produits à base de truffe, un produit à base de melon… Des saveurs étranges et des noms tout aussi bizarres.

Et là, le monsieur de la canne blanche arrive. Sans canne. Je suis surprise par son assurance, et sa façon de s’accouder à la table pour nous regarder dans les yeux. Je suis déstabilisée et pendant une fraction de seconde je suis presque persuadée que ce n’était pas la canne blanche de tout à l’heure. Il est trop  » dans son élément « .

Finalement, il nous explique qu’il est non voyant. Il a un champ de vue rétrécit. Un peu comme les chevaux, il ne voit plus le périphérique mais que le central. Et son champ de vision à la taille d’une pièce de monnaie. Si vous avez déjà mis des oeillères sur un cheval et l’avez emmené en randonnée, vous devez vous rendre compte un peu de l’handicap que cela doit présenté pour un humain. Car le cheval lui déteste cela. On appréhende pas le danger, on appréhende pas les contours… C’est très déstabilisant.

Lui, est né ainsi.

Il a exercé plusieurs métiers avant de faire une formation de serveur pour le restaurant Dans le noir. Je suis épatée de savoir qu’il se déplace avec autant d’agilité à servir des assiettes, des verres… Quand moi, je suis déjà incapable de porter sur mon avant bras 3 assiettes en même temps. Cela me bluffe. 

On parle un moment des sens, de ce qui fait la différence entre un voyant et un non voyant. Non pas le handicap du non voyant mais celui du voyant. Le voyant ne se focalisant que sur la vue… en oubliant le reste.

Il finit par nous demander de le suivre dans une pièce obscure cachée derrière des rideaux. C’est vraiment déstabilisant. D’un seul coup, je perd mes repères et panique un peu. Il fait noir, très noir. Aucune lumière. Rien. Le noir absolu n’existe pas. 

Quand vous vous levez en pleine nuit, quand vous marchez de nuit… y a toujours une lueur, un contraste, des contours… Là rien. Ma soeur me dira après qu’elle elle voit dans le noir absolue des ombres quand les objets sont plus proches. Moi, je n’ai rien vécu de la sorte, je me sentais dans le néant sans limite, sans contour. Perturbée par cet environnement. Et en même temps fascinée car le silence n’avait rien d’angoissant, il était au contraire très agréable. Il amplifiait mon écoute. Mon attention. Je crois que c’est une des premières fois où j’ai vraiment été  » Là, en pleine conscience  » avec mes interlocuteurs sans rien pour me distraire.

Après on a des tic. Dès qu’il parlait, je hochais la tête, je penchais cette dernière sur le côté, ou je déglutissais. Je prenais conscience de mon comportement non verbal qui ne pouvait pas se voir. A chaque fois, je devais me souvenir que personne ne me voyait et que je devais du coup parler, exprimer…

La dégustation a commencé par un verre de champagne. On a du le saisir et le porter à l’oreille. Je me sentais tellement gauche. Je mettais les doigts dans l’assiette, cognait les verres, je me suis pris plus d’une fois le liquide dans le nez…

Et le plus épatant c’est que notre guide sensorielle savait mes mouvements comme si la lumière était allumée. J’étais bluffée.

Car moi, j’aurai été incapable de savoir ce qu’il faisait. voyait. mangeait. buvait.

Lui, il savait tout.

Il a fallu écouter le champagne, les bulles qui crépitent… le son caractéristique quand elle explose. L’odeur de fruit au nez alors que le goût plus âpre en bouche nous prend.

Puis, ce fut le tour du vin. UN MUST. Lui, aussi, il fera parti de mon top. Je crois que j’adore les vins riches en tanins. Cette odeur forte, chargée me plait. Je l’imaginais avec une robe grénat. Et en bouche, surprenant. Un goût de terre fumée comme je n’en ai jamais mangé. Vous vous rappelez la box de Nicolas avec la poudre de bois… C’est un peu le même goût en bouche. Extraordinaire. Tellement, que chaque fois qu’il nous a demandé de l’associer à quelque chose, j’étais déçue.

Ca tuait le vin.

C’est comme cela que j’ai appris qu’on ne met pas de rillettes avec du vin rouge. Mais plutôt du champagne. Tellement vrai.

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Du coup, comme j’avais senti le poisson au premier abord de cette tartine de rillettes avant de sentir le faisandé en bouche… j’ai fait testé le produit à mes amours. Mon fils m’a surpris… Lui aussi à senti l’odeur de poisson et au visuel à pensé à du thon. Comme moi. J’étais vraiment persuadée que c’était du poisson à l’odeur. Au gout j’ai reconnu les rillettes, mais rien de connu en goût. C’était de l’autruche. lol

Un ptit délice.

On a continué avec une autre tartine. C’est ma soeur qui a trouvé la menthe. Moi, l’odeur me parlait mais je n’arrivais pas à la situer. Et quand elle a dit la menthe, mon cerveau a bloqué sur l’odeur sans chercher autre chose.

Dans le noir, vous faites plein de mouvements avec précaution. Et par exemple, pour gouter, je sortais ma langue et comme on fait du bout des doigts, je faisais du bout de la langue. Instinctivement, j’ai dit  » caviar  » sans même chercher à formuler exactement le mot  » aubergine « . La texture de l’aubergine cuite est particulière. Il faut en avoir mangé pour comprendre.

Après on a mangé un croquant au citron. J’ai été incapable de reconnaitre le citron. Deviner une forme était facile. Mais le citron…

Quand la dégustation fut terminée on avait la possibilité de poser toutes les questions que l’on voulait avant de rejoindre la boutique. C’était étrange.

Le plus étonnant était de savoir qu’il était marié avait un enfant voyant et que l’enfant s’adaptait très bien au handicap de ses parents. C’est étrange parce que quand on a un handicap psychique, un handicap léger physique… Les gens ne sont jamais surpris qu’on est une famille, une épouse ou un époux. Mais quand cela touche les sens… c’est différent. On est toujours surpris qu’un aveugle, qu’un sourd ou un brûlé puisse avoir une famille.

Probablement, parce que dans notre monde de voyants on nous dit jamais que c’est possible.

En tout cas c’était rafraîchissant et ca faisait un bien fou de parler avec lui. D’écouter sa façon de parler de son métier, de sa femme, de son enfant et de sa vie. C’était rafraîchissant.

Une autre perspective.

Loin de la stigmatisation du handicap.

J’ai adoré.

On l’a sollicité après cela pour son expertise gustative pour savoir quoi acheter. Et on s’est promis avec ma soeur de faire un blind test la prochaine fois qu’on se voit. Nos chéris vont morfler loool

^^

Allez plus loin : http://www.danslenoir.fr/laboutique/paris

L’expérience gustative de la boutique sensorielle est accessible à partir de 6 ans. Sa femme et lui font les expériences avec les voyants. Plusieurs offres sont possibles selon l’âge, les produits etc.

En cas d’allergies, on choisit des produits adaptés pour vous.

Pour ceux qui cherchent seulement un panier cadeau original… la boutique a une sélection de produits très originaux qui ont été choisi en blind test. C’est très incroyable.

Parmi les recommandations :

  • l’huile de sésame sur une tranche de pain
  • l’olimiel sur une tranche de pain de campagne toasté avec de l’ail
  • le pesto vert d’algues sur une tranche de pain
  • les rillettes d’autruche sur des tranches de pain

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Ayan.

 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Génial! Quel super cadeau, c’est aussi une expérience que j’ai tjs eu envie de tenter!! Du coup, c’était ton anniversaire?

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  2. Ayan dit :

    Le cadeau était un peu plus mieux encore ^^ Apparemment tu l’as à Bordeaux et à Paris, l’expérience Dans le Noir. Ca vaut le coup. Et oui, ct mon anniv ^^

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